Je viens de subir une chirurgie lourde et éprouvante, suite à une recto-colite hémorragique, une maladie chronique de l'intestin. Ce blog a pour objet de faire partager les différents sentiments, les centaines de questions que j'ai pu me poser depuis l'aggravation de la maladie. Je ne suis pas médecin, et ne détiens aucune autre connaissance que celle que mon expérience propre m'a permis de vivre. Puisse ce recueil de pensées, de questions, de doute, d'état d'âme et d'espoir être utile à d'autre
Qu'on se le dise, les MICI ont d'importants retentissements psychologiques. D'ailleurs, elles ont même souvent leur origine dans quelque chose qui a à voir avec la tête... Ne dit-on pas souvent aux malades que leurs maux sont surtout dans leur tête ? Et que c'est exaspérant ! C'est ma tête qui saigne peut-être ? C'est ma tête qui se contracte ? C'est ma tête qui me rend toute blanche et anémiée ? Les malades sont heureux d'être malades, c'est bien connu, et ils se complaisent dans leur maladie, bien sûr ! N'empêche que nos ressentis ont une incidence directe sur notre état de santé physique.
On le sait, donc, avant et pendant la MICI, il arrive souvent que le malade soit chamboulé dans sa tête, même si son chamboulement résulte seulement d'une hypersensibilité.
Mais on néglige souvent les conséquences psychologiques des MICI. On pourrait rechercher lequel de l'oeuf ou de la poule a été le premier. Pour ce qui me concerne, même si j'ai toujours été psychologiquement fragile - je suis en analyse depuis 8 ans - les troubles les plus importants de mon mental sont intervenus pendant la maladie et surtout après la "guérison". C'est en effet après les opérations que j'ai été la plus ravagée. On peut le dire, j'ai fait une dépression mélancolique, relativement sérieuse, puisque j'avais des envies suicidaires suffisamment fortes pour inquiéter mon psy. Il lui a fallu néanmoins que j'en arrive à ce stade d'exprimer cette volonté, pour diagnostiquer réellement cette maladie, et me prescrire un traitement ad hoc. Auparavant, il ne faisait pas trop la différence entre mon état d'avant la maladie, qui était flottant et parfois triste, et mon état post chirurgical.
Et pourtant, les symptômes étaient visibles : défaut d'intérêt pour les choses plaisantes, sommeil en permanence (il m'est arrivé de m'endormir dans sa salle d'attente en un quart d'heure), troubles du sommeil, boulimie, tristesse, morosité, et enfin envies suicidaires. Il m'a fallu essayer pas moins de quatre traitements avant de trouver celui qui me convenait, sachant qu'il faut au minimum 6 à 8 semaines pour pouvoir affirmer qu'un traitement est efficace ou non. Et les troubles qui continuent à progresser pendant les "essais thérapeutiques" sont de plus en plus difficiles à gérer, de plus en plus pesants.
La morosité engendre la tristesse, la tristesse provoque l'angoisse ; cette angoisse induit elle-même la réaction des tripes et des troubles digestifs... qui engendrent à leur tour la morosité... C'est un cercle vicieux.
Aujourd'hui, j'ai une combinaison quotidienne de deux antidépresseurs, dont un sédatif fort qui me fait presque l'effet d'une anesthésie quand je le prends le soir. Si, par inadvertance, j'en oublie un une fois, je suis toute perturbée : j'ai des vertiges, des étourdissements. Néanmoins, je vais mieux. J'arrive à faire des choses, à avoir de petites envies. Je suis également du fait du traitement rendue irritable, à fleur de peau. J'envoie paître les gens qui m'ennuient, ce que je ne savais pas faire avant. Un rien me contrarie. Je me demande parfois où sont passés mon flegme légendaire, ma patience à toute épreuve. Au fond, je pense que c'est justement parce que j'avais un flegme légendaire et une patience à toute épreuve que je me suis torturée de l'intérieur, inconsciemment. Alors, exprimer mes sentiments ne peut être considéré que comme un mieux. Il n'empêche qu'aujourd'hui, je suis droguée. Je ne peux me passer des mes pilules, qui ont des effets divers, qui me privent d'un certain nombre de mes réflexes et qui sont probablement fort incompatibles avec une quelconque idée de grossesse... En outre, ce sont des traitements au long cours dont on ne peut se sevrer facilement... Oui, mais pour l'heure, ces drogues sont nécessaires à ma survie. Et je dois dire que c'est grâce à elles que je vais mieux. Les médicaments sont toujours un mal pour un bien, mais un sacré mal quand même...
Ce que je veux mettre en exergue par cet article, c'est qu'il ne faut pas néglier qu'une maladie peut en entraîner une autre. Il est important d'assurer le suivi psychologique des malades, qui peuvent voir, d'un moment à l'autre leur vie basculer, sans parler des épreuves chirurgicales en elles-mêmes, évidemment. J'ai dû accepter de renoncer à mon métier, et quasiment du jour au lendemain, je me suis retrouvée sans plus rien dans ma vie : plus de travail, moins d'amis, car il faut reconnaître que lorsqu'on est malade, peu de ceux qui comptaient avant restent, les projets de famille remis en cause... La vie perd son sens. Les plaisirs les plus simples ne trouvent plus grâce aux yeux des malades. Et curieusement, quand la tête va bien, c'est le ventre qui fait souffrir, et quand le ventre va bien, c'est le moral qui déconne. Rarement les deux à la fois, ce qui pourrait achever le malade d'un coup d'un seul...
Il ne faut pas négliger les dépressions réactionnelles. Il ne faut pas hésiter à écouter ses douleurs.