J + 1 : Je me présente aux soins avec deux pauvres minutes de retard. Et je me prends la remontrance de l’agent de soins. Ca commence bien !! Je le saurai pour les jours suivants. Je suis agréablement surprise par la qualité des soins, la chaleur des thermes, l’empathie des gens. Mais je perçois aussi la moyenne d’âge… disons à vu d’œil 60-62 ans… Je dois être la plus jeune curiste du centre. Peut être pas, en fait, mais je ne vois pas les jeunes tant ils sont peu nombreux.
Non… ce que je vois, ce sont des grands-mères et des grands-pères qui se baladent avec des cannes, des petits couples charmants mais aigris par leurs propres habitudes… Ce que j’entends, ce sont les plaintes de ces messieurs dames, qui ne peuvent tolérer deux ou trois minutes de patience. C’est aussi le bruit strident des claquettes de plage en plastique humide à chacun de mes pas et de ceux de mes camarades de cure… croa ! croa ! mais chut à la fin ! on ne peut pas les sécher ces trucs là ! L’ambiance est trop humide… J’entends aussi des « Madame » par ci, des « madame » par là… « cabine 3 sur la gauche, madame »… et les dames avec leur bonnet de bain, qui prennent un grand soin de l’essuyer dans leur serviette à chaque sortie de douche, accompagnant leur geste du doux bruit du caoutchouc humide frotté !!
Le cataplasme est chaud. C’est bon. Mes cicatrices sont protégées par des bâtonnets de bois. Je n’ai pas mal. La douche automatique me surprend par sa vigueur et son omniprésence. Elle dure 5 minutes. Cinq minutes que j’ai passées à rire toute seule. A rire en raison des chatouilles que me procuraient les jets dirigés partout sur mon corps. Sur le ventre, protégé par mon maillot, sur les flancs, sur les cuisses… je suis très chatouilleuse. Cette première douche fut presque une torture tellement je ne pouvais réprimer mon rire. Dorénavant, je retirerai mon maillot pour éviter cette sensation ! La douche locale est agréable, et me rend zen. Le but du jeu est d’apaiser les contractions du colon en le massant par le jet puissant. Sauf que moi, j’en ai plus d’colon ! et je suis amusée de voir les agents faire très attention à bien suivre leurs consignes, soit bien diriger le jet selon les lignes du colon, d’abord le droit, puis le transverse, puis le gauche. Des petits gestes secs permettent de lier les mouvements plus amples… Colon ou pas, le fait est que ce soin là est vraiment efficace pour moi. Il me détend et atténue la douleur que j’avais la veille. Les spasmes se calment dès la fin du « massage ». Le bain, enfin, me permet de me délasser sans retenue pendant quinze minutes.
Enfin, je sors. Je suis exténuée. Mine de rien, c’est petites choses là fatiguent. J’ai fait la sieste ! Fin d’après midi, on va boire. Avec les plus âgés. Ils se ruent sur les chaises du parc thermal. Il n’y en a plus assez pour moi. Qu’à cela ne tienne. Une belle pelouse agrémente le parc. Je décide d’aller m’y allonger. Un écriteau précise bien que la pelouse est interdite aux chiens ! Donc par déduction, elle est permise aux hommes, et donc à moi !
Je m’étends et apprécie la fraicheur du gazon qui fait écho à la lourde chaleur ambiante. Oui mais… les petits vieux n’ont pas l’air trop d’accord que je siège sur la pelouse ! J’entends des commentaires. Des « on aura tout vu »… on m’interpelle même alors que je fais semblant de ne pas entendre les ronchons, pour me suggérer que ce n’est pas une bonne idée de rester là, les chiens et les chats y faisant leur petits besoins… Ma politesse m’empêche de répondre et je réprime un « j’t’en pose des questions ? ». Je reste sur la pelouse, et ferme les yeux.
Mes crampes au ventre reviennent. Ou plutôt ce sont des spasmes. Des contractions depuis sous l’estomac jusqu’à l’anus. Des spasmes qui me donnent des faux besoins, et surtout une sensation désagréable de soulèvement… Cela ressemble beaucoup aux bizarreries des pochites… J’ai pris avec moi les antibiotiques, mais… je ne vais pas les prendre tout de suite. L’eau et les soins vont surement me faire du bien.
J+2 : Le matin, nous prenons les rendez-vous des soins pour les trois semaines. Ouf ! Les miens n’auront pas lieu avant 10h. Je ne vais pas trop manquer de sommeil. Ce ne sera pas trop difficile à suivre. A part ca, rien à signaler, hormis ce fichu Madame dont on m’affuble à tous les coins du centre de soins… Je m’y attendais remarque… les agents sont formés de cette manière et puis la plupart des femmes qui fréquente le centre sont bel et bien des Mesdames ! L’après midi, les crampes s’intensifient. Je vais doubler la dose de probiotiques. Ca passera surement. Et puis il pleut, et j’ai mal dormi à cause des faux besoins… On va se balader dans la foret. Mais je ne peux rester jusqu’à la fin, et suis obligée de rentrer.